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Le blog d'Alain

Les platanes du canal du midi

7 Août 2011 , Rédigé par AlainG Publié dans #Paysage

La polémique qui vient d'être ranimée concernant l'abattage des platanes du canal du midi, pour cause de maladie incurable, est symptomatique de notre société contemporaine, à plusieurs titres.

 

Voir en référence l'article de RFI sur le sujet (http://www.rfi.fr/science/20110726-platanes-malades-canal-midi-devront-etre-sacrifies)

 

D'abord, s'agissant de la maladie en elle-même (le chancre coloré), on sait depuis plus de 20 ans qu'elle va inexorablement concerner l'ensemble des platanes le long du canal ... Mais on n'a rien fait, on a laissé le champignon se propager simplement en laissant les premiers sujets infectés. Il aurait été facile de retarder la prolifération par des "nettoyages" des foyers infectés au fur et à mesure de l'apparition du chancre ... Mais en France, on a un mal fou à couper les arbres, même lorsqu'ils sont malades. On traîne ainsi des pieds jusqu'à ce que les conséquences soient trop évidentes ... L'arbre est un être vivant et pas un mobilier ...

 

Second point que je voulais aborder et qui concerne le remplacement de cette essence. Si l'on a "trouvé" apparemment un cultivar résistant au chancre, on ne se pose la question du remplacement par d'autres essences qu'à la marge ... Etrange ce blocage psychologique. Pourtant d'autres canaux comme le canal de la Robine à Narbonne ou le canal de Bourgogne offrent des images intéressantes avec d'autres essences ... Pourquoi ce blocage sur les platanes ? Notre société contemporaine serait-elle incapable de dépasser l'image figée du canal du midi avec ses platanes ? PP Riquet a bien innové et transformé des paysages avec son ouvrage. Sommes-nous incapables de renouveler ce paris de créer de nouveaux paysages autour de ce canal ?

 

Troisième point qui m'a interpelé et qui concerne la maîtrise d'ouvrage du projet. Bien que ce canal soit de la responsabilité de l'Etat (au travers de Voies Navigables de France), on s'aperçoit que celui-ci semble se positionner en seconde position derrière les collectivités locales, comme si ces dernières devaient être les premières concernées. Elles le sont de fait, le canal formant une partie de leurs paysages mais comme pour d'autres infrastructures, c'est bien l'Etat qui doit en être le maître d'ouvrage, le responsable et le garant. Ce ne sont pourtant que 200 M€ à trouver ... soit 2 jours de bombardement en Lybie ...

 

A chacun ses choix.

 

Pour information, le site de l'INRA donne des précisions sur la variété de platanes résistants ici : http://www.inra.fr/presse/platanor_vallis_clausa_platane_resistant_chancre_colore

 

07/08/2011

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Alain B. 26/08/2011 20:46


Bonjour,
Il me semble que ce qui est proposé est peut la moins mauvaise solution en sachant bien que ce parasite est arrivé en France déjà depuis une trentaine d'année et que les campagnes d'arrachage n'ont
pas été suffisante (parasite classé de quarantaine et géré par le service de la protection des végétaux de l'époque) étant donné que le champignon se transmet par l'eau et le système racinaire.
De plus il est toujours très difficile de faire admettre l'arrachage préventif sur des arbres apparemment sains âgés présentant un fort intérêt paysagé.
Le remplacement de tous ces arbres se fera de toute façon très progressivement.
salutations à tous
Alain B.


AlainG 04/09/2011 19:08



Bonjour,


Merci pour ces commentaires. Je crois hélas qu'en 2011 beaucoup de collectivités (y compris l'Etat) aient perdu cette culture de l'arbre d'alignement. Ce n'est qu'un objet ... qu'il faut
sauvegarder lorsqu'il y a un intérêt immédiat (c'est le cas avec le classement UNESCO du canal du Midi) mais autrement, on en met dans les projets pour faire "du vert", pour faire un peu "écolo"
mais sinon, à quoi bon. Même lorqu'une plantation est bien faite, c'est sa gestion qui pose problème. Elle est le plus souvent totalement déficiente et sans intention in fine "d'exploiter"
intelligemment ces arbres adultes. On est bien loin des ambitions de Colbert lorsqu'il promeut les plantations le long des routes. Outre la maitrise royale, il y a bien aussi un souci d'avoir du
bois d'oeuvre à échéance ...


Quel gestionnaire se soucit encore de "rentabiliser" un abattage par la vente des billes de bois ?


Certes, les arbres ne sont pas que des planches mais leur cycle de vie doit être intégré par la population avant de crier au scandale au premier coup de tronçonneuse. C'est une culture à
retrouver et à accompagner par une meilleure connaissance des essences d'arbres alternatives au platane.



stephane 25/08/2011 23:13


Vous avez raison, "l'arbre n'est pas un mobilier". Mais il faudrait peut-être l'expliquer aux agents qui élaguaient des platanes en juillet sur la route à coté du canal, dans une commune de
l'Aude... qui supprime des milliers de platanes au bord des routes. Je peux vous dire qu'ici comme ailleurs, "on" n'a aucun scrupule à jouer au bucheron. Y compris n'importe comment, sur un ouvrage
classé à l'Unesco. Et pour finir de vous rassurer, VNF préferait replanter d'autres essences. En réalité, le débat (il n'y a aucune polémique) ne porte pas sur les variétés, mais sur les
alignements...et sur l'argent qu'on y consacrera.