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Le blog d'Alain

De mini-avancées attendues à la conférence de Cancun sur le climat

28 Novembre 2010 , Rédigé par AlainG Publié dans #Climat

Une information relayée par la presse et plus particulièrement par les Echos et la Croix avec l'entretien de JM Jancovici.

Après l'échec l'an dernier à Copenhague, les négociations sur le changement climatique reprennent aujourd'hui à Cancun, au Mexique. En 2010, les scientifiques prévoient une augmentation de 3 % des émissions de CO2.

Il y a un an, les chefs d'Etat du monde entier s'étaient donné rendez-vous à Copenhague. Dans une atmosphère surréaliste de portes qui claquent, de tentatives de conciliation secrètes, de publications surprises de textes de négociations parallèles, ils avaient tenté de parvenir à un accord afin de réduire les émissions de CO2 d'origine humaine. Mais le texte de compromis - appelé « accord de Copenhague » -négocié jusqu'au petit matin n'avait pas été adopté par l'assemblée. Les représentants des 192 pays membres de la conférence des parties sur le changement climatique en avaient simplement « pris note », ce qui signifie qu'il n'a aucune portée juridique aux yeux des Nations unies.

Dans les mois qui ont suivi, 139 pays, auxquels s'ajoutent l'Union européenne, représentant 88 % des émissions mondiales en 2006, ont affirmé leur soutien au processus, la majorité des pays en développement espérant récupérer l'aide financière de 30 milliards de dollars promise d'ici à 2012. Le Venezuela, Cuba, la Bolivie et le Nicaragua ont maintenu leur refus indigné devant la faiblesse des engagements et l'absence de sanctions potentielles, et exigé que les pays riches réduisent leurs émissions de CO2 de moitié !

L'ouverture officielle, aujourd'hui, de la 16e conférence se déroulera dans une tout autre ambiance qu'à Copenhague. Les diplomates du climat ont pris soin, depuis des mois, de faire baisser la tension. Ils ont inlassablement répété que l'objectif à Cancun n'est pas de parvenir à un accord contraignant et qu'ils espèrent simplement « cueillir les fruits mûrs ».

En tête : la lutte contre la déforestation, qui représente environ 17 % des émissions de CO2 mondiales. Un accord avait été négocié l'an dernier sur ce thème, mais n'avait pu être entériné dans la débandade finale. Financement et transparence sont également les deux dossiers sur lesquels des avancées sont attendues, avec notamment la création du fonds vert et la proposition de compromis indienne sur la transmission des données concernant les émissions de CO2 des différents pays et un mécanisme de revue par les pairs, comme cela se pratique dans le cadre de l'OCDE.

Invités lors de la deuxième semaine de négociation, du 7 au 10 décembre, les ministres de l'Environnement devraient, si tout se déroule comme prévu, signer à la fin de la conférence un « paquet équilibré » reprenant ces éléments. A charge pour les négociateurs, lors de la conférence suivante, en décembre 2011 à Durban, en Afrique du Sud, de formaliser l'ensemble pour trouver juridiquement une suite au protocole de Kyoto, dont la première période d'engagement prend fin en 2012.

Les embûches ne vont pas manquer sur les plages blanches de Cancun. Dans un contexte de crise économique, alors que les gouvernements sont plus occupés à sauver les finances des Etats, certains peuvent être tentés de jouer la politique du pire. Les pays en développement exigent de l'Europe qu'elle accepte de s'engager sur une deuxième période du protocole de Kyoto. Mais Japonais, Canadiens et Russes sont réticents, considérant que les Américains ne font aucun effort. Pour respecter l'objectif mondial de maintenir le réchauffement en dessous de deux degrés par rapport à la température moyenne antérieure à l'ère industrielle, les pays devraient limiter le niveau absolu des émissions de gaz à effet de serre à 44 gigatonnes d'équivalent CO2 en 2020, alors qu'il atteignait 48 gigatonnes en 2009. Le tout en respectant le droit des pays en développement à rattraper leur retard. Si on met bout à bout l'ensemble des promesses faites à Copenhague, en considérant que les efforts seront effectivement accomplis, les chercheurs estiment que l'on parviendrait, dans la meilleure des situations, à 49 gigatonnes. Au pire, on atteindrait 53 gigatonnes, ce qui signifie qu'il sera impossible de respecter l'objectif de deux degrés de réchauffement maximum.

Une première estimation réalisée par 30 spécialistes et publiée dans la revue « Nature » montre qu'en 2010 les émissions mondiales de CO2 liées à la combustion d'énergies fossiles devraient progresser de 3 % si les prévisions de croissance de 4,8 % se confirment. En 2009, elles avaient baissé de 1,3 % par rapport à 2008, une année record.

JULIE CHAUVEAU

«Nous n'avons pas d'autre choix que de baisser notre consommation d'énergie»



L’Europe doit se lancer dans un véritable changement de société pour répondre aux défis du climat. Entretien avec Jean-Marc Jancovici, consultant, spécialiste du climat et de l’énergie

La Croix. Le trou dans la couche d’ozone, les phosphates, les pluies acides… Certains grands problèmes environnementaux trouvent parfois des solutions. Est-ce plus difficile pour le climat ?

Jean-Marc Jancovici : Le problème des chlorofluorocarbones (CFC, gaz utilisés dans les systèmes de réfrigération) a été très facile à régler. Les quelques industriels concernés ne pesaient jamais que 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires face à un PIB mondial de 50 000 milliards d’euros. Mais le problème du changement climatique, lui, affecte le PIB mondial ! On touche à la racine même de notre développement industriel, qui est bâti sur la disponibilité d’une énergie fossile jusque-là abondante et peu coûteuse. De très nombreux problèmes environnementaux peuvent, à un moment ou à un autre, trouver une solution technique, à condition de faire un petit effort. Cette fois, il s’agit en pratique de compresser de manière volontaire le pouvoir d’achat des citoyens des pays occidentaux.

Pourquoi ?

C’est l’abondance énergétique qui a permis la production de masse et donc la consommation de masse. Cela étant, les stocks de pétrole, de gaz et de charbon ne sont pas éternels. Il faut 500 millions d’années pour faire du pétrole. On arrive déjà au plateau de production pour le pétrole, on y sera pour le gaz dans dix ans environ et, pour le charbon, dans trente ou quarante ans. Sans même parler du changement climatique, nous n’avons pas d’autre choix que de baisser notre consommation d’énergie.

N’y a-t-il pas des énergies de substitution ?

Si. Mais pas au même prix. L’accumulation de ressources fossiles dans le sous-sol, en quelques centaines de millions d’années, ne nous a rien coûté, et le prix ne représente que l’effort humain pour en extraire. Aller tirer un kWh du vent, de la mer ou du soleil coûtera beaucoup plus cher en travail humain… donc plus cher tout court. Au final, la substitution à coûts constants entre énergies fossiles et énergies renouvelables est impossible. Quant au nucléaire, il souffre non pas d’un problème de dangerosité, mais d’une trop longue immobilisation des capitaux, qui rend les investisseurs frileux. Toute solution passe donc par des économies d’énergie massives, ce qui revient, pour partie, à comprimer le pouvoir d’achat matériel des gens. Gérer le problème du climat, c’est obliger les particuliers à fonctionner avec moins de chauffage et moins de voitures, les industriels avec moins de machines, l’agriculture avec moins d’engrais et de tracteurs, les banques avec moins d’ordinateurs…

Pas si simple…

Oui, mais est-ce si grave? On va devoir se creuser la cervelle et remettre l’imagination au pouvoir. Il y a plein de choses à faire : reconfigurer les villes, changer les bâtiments, changer la structure des exploitations agricoles, lancer un plan forêt digne de ce nom, accélérer sur la capture du CO2, le nucléaire et le solaire thermodynamique, produire des voitures qui rouleront à 100 km/h et consommeront un litre aux 100… Franchement, les plus grands moments de bonheur dans la vie ne se vivent pas au volant de sa voiture. Il faut que l’Europe fonce. Nous n’avons rien à gagner à attendre les États-Unis, qui n’ont pas la même pression énergétique que nous grâce à leur stock de charbon et aux hydrocarbures canadiens et vénézueliens. Ceux qui se lancent les premiers tireront les marrons du feu.

Qu’attendez-vous des négociations qui s’ouvrent à Cancun ?

Elles partent avec un handicap fort, puisque Copenhague a été associé au mot « échec », ce qui se discute. Que, il y a un an, 28 chefs d’état aient passé une nuit blanche pour se mettre d’accord sur des objectifs politiques en matière de climat, je trouve cela plutôt encourageant. Nous étions dans une configuration du type G20 et cela me paraît être le bon niveau de négociation. Les enjeux sont tels que les questions climatiques ne peuvent se gérer que dans un dialogue direct entre la Chine, les États-Unis, l’Europe et quelques grands pays comme l’Inde, le Brésil, la Russie… et il est difficile de savoir si cet esprit va perdurer dans l’enceinte onusienne, ou si le problème va finir par être traité ailleurs.


Recueilli par Emmanuelle REJU

 

28/11/2010

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