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Le blog d'Alain

Club Paysage Languedoc-Roussillon – PACA – Corse - Les paysages émergents – 21 janvier 2011

24 Janvier 2011 , Rédigé par AlainG Publié dans #Paysage

La synthèse d'un club Paysage interrégional sur la problématique des paysages émergents

 

Retour sur la thématique et ses acceptions

Au travers les échanges de cette journée, on sent bien que les définitions du paysage émergent sont différentes selon l’angle sous lequel on l’envisage. Comme l’a évoqué Jean-François SEGUIN, on peut envisager que le paysage émergent, en lien avec l’expansion incessante des villes est une problématique historique qui s’est toujours posée. Ce serait une question récurrente liée au regard d’une société sur son territoire mais aussi en lien avec le poids de l’habitude ou de l’attachement aux éléments construits. Ce qui a pu être émergent devient banal ou emblématique, voire patrimonial.

Les définitions autour du paysage émergent sont délicates et il faut reconnaître le mérite à l’atlas régional des paysages de Rhône-Alpes, présenté par Cécile VO VAN, d’avoir tenté de circonscrire ce type de paysage dans un document porté à la connaissance des acteurs de l’aménagement. Il tente une définition qui distingue le paysage émergent du paysage urbain et il pose la question de l’existence même de ce terme que l’on pourrait retrouver dans d’autres atlas de paysage.

 

Des paysages émergents historiques aux paysages émergents contemporains

Si cette problématique des paysages émergents que l’on peut considérer comme dégradés est aussi prégnante aujourd’hui, il faut la considérer au regard de trois éléments convergents.

Le premier concerne la démocratie. Historiquement, le seigneur, le puissant, lorsqu’il entreprenait de bâtir une cité se souciait peu de l’avis de la population. Celle-ci, elle-même, n’avait pas forcément le moyen ni même l’idée d’avoir un regard critique sur ce qui se construisait. C’est toute la différence avec notre époque où nous pouvons débattre librement autour de concepts aussi spécifiques. Chacun peut s’exprimer librement et être entendu ou pour le moins écouté … C’est d’ailleurs toute la question qui se pose autour des paysages émergents liés aux nouveaux modes de production énergétique…

En cela, nous pouvons dire que nous avons gagné, par la démocratie, une conscience et notamment une conscience de notre paysage.

Parallèlement, comme l’ont évoqué plusieurs d’entre vous, l’époque moderne a constitué un tournant fondamental dans l’aménagement du territoire avec la mise à disposition d’une énergie bon marché, le pétrole. Son utilisation aussi bien dans l’industrie, les transports, le commerce, les produits manufacturés ou l’agriculture nous a totalement fait changer d’époque avec les conséquences que nous connaissons sur la durabilité de ce système et notamment de nos modes de vie.

En corollaire de cette énergie bon marché, les gains en mobilité constituent aussi un facteur déterminant à l’émergence de nos métropoles à une échelle jamais vue. Il faut considérer qu’en 50 ans de développement urbain, nous avons consommé autant d’espace qu’en 2000 ans. Cela laisse à réfléchir sur les conséquences de cette rapide expansion …

De la convergence de ces trois éléments sont nées les « villes territoire », présentées par Yves CHALLAS, avec les signifiants liés à ces nouvelles façons d’habiter et surtout avec cette confrontation entre des territoires qui dorénavant s’interpénètrent, la ville et la campagne.  Nous tous, nous sommes soumis à ces logiques territoriales, au travers de notre vie, de notre activité, de nos actes de consommation en fonction d’une conscience plus ou moins avérée …

La question des grands paysages agricoles et de leur dégradation, en partie liée à cette expansion urbaine mais pas uniquement constitue une question parallèle qui nécessite des choix de société. La présentation de Régis AMBROISE nous a permis de voir que le projet agricole et donc la construction du paysage a souvent été le théâtre d’un projet à connotation politique, voire sociale, s’inscrivant dans un désir de maîtriser la nature et d’en faire un instrument de reconnaissance. Jusqu’à une époque récente, on arrivait ainsi à maintenir des territoires aménagés, structurés et respectueux de leur environnement.

Le basculement est bien à l’époque moderne avec les politiques agricoles d’après-guerre qui ont changé fondamentalement nos grands espaces cultivés … Et toujours avec comme dénominateur le pétrole …

 

Les outils d’une reconquête

Cet état de la situation pose question, pose problème. Sans vouloir retrouver des paysages idéalisés - c’était mieux avant - le besoin de retrouver un équilibre perdu semble être une constante. Mais encore faut-il avoir une mémoire ! C’est bien souvent ce qui nous fait défaut individuellement. D’où l’intérêt majeur des observatoires du paysage, présenté par Jean-François SEGUIN, qui décrivent certains mécanismes d’évolution des paysages, majeurs ou plus insidieux. Ce type de document mériterait d’être mieux valorisé auprès des services afin d’une plus grande prise de conscience de l’évolution réelle des territoires et pas simplement fantasmée.

Cette reconquête paysagère, elle passe aussi par une prise de risques de certains élus. La question d’aménagement autour de la Siagne, jusqu’à Cannes, traitée par Jean-Pierre CLARAC, est à ce titre édifiante. C’est bien la question du traitement d’un « vide » tel qu’énoncé par Yves CHALLAS qui est en jeu. D’une question sur un espace agricole circonscrit dans une vallée déjà partiellement bâtie, on en arrive à une proposition d’aménagement de territoire cohérente autour d’un projet agricole à haute valeur ajoutée jusqu’à présent sous-estimée et qui risquait de disparaître (un espace d’arrière-cour). L’interpellation des acteurs agissant sur ce territoire (administration, autres collectivités), si elle constitue encore un frein à ce projet cohérent et durable de territoire, a au moins le mérite de mettre cette vallée dans une perspective d’un espace urbain et agricole à part entière. S’il aboutit, ce sera un projet particulièrement exemplaire …

La problématique soulevée par Sébastien GIORGIS sur les différents aspects de l’agriculture en terrasses nous interpelle aussi sur notre potentiel individuel (l’agriculteur) et collectif (les collectivités, l’Etat) de reconnaître un intérêt à une typologie paysagère souvent ancienne mais dont les nouvelles formes (les terrasses talutées) peuvent à la fois être économiquement rentables et paysagèrement intéressantes. On évacue du même coup cette dichotomie entre un paysage à préserver et une activité qui ne serait plus rentable, à condition de mettre de la « matière grise » dans le projet, comme cela a pu être présenté.

 

Les paysages émergents de demain

Nos échanges ont montré qu’une réflexion existait sur ces paysages émergents hérités pour l’essentiel de notre histoire récente. Des solutions sont possibles, nous l’avons vu. Il reste à considérer les paysages émergents de demain, ceux qui posent question, notamment autour de la production d’énergie (éoliennes et photovoltaïque). Ces projets font débat et le paysage est souvent en la circonstance le « prétexte » pour éviter de se prononcer sur le fond des questions …

Avec la crise écologique, l’épuisement des ressources fossiles, se fait jour l’évidence d’un développement soutenable ainsi que notre prise de conscience individuelle et collective. En cela, nous pouvons être confiants en l’avenir. Rien que sur les aspects agricoles, le développement des filières courtes, AMAP et autres, démontre que cette interpénétration délicate d’un territoire urbain avec un territoire agricole peut être l’occasion d’un nouveau contrat pour la société dans son ensemble, créant de nouvelles dynamiques au service des populations avec pour conséquence aussi une qualité paysagère renforcée.

 

Alain G

 

24/01/2011

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AlainG 31/01/2011 19:19


Le texte proposé dans ce blog n'a pas vocation à exposer tout ce qui fait paysage émergent et ne constitue en fait qu'une synthèse d'interventions particulières au cours d'une journée d'information
sur le sujet.
Il n'y a de fait aucune intention d'exhaustivité sur le sujet.
AG


ph. peyroche 31/01/2011 16:28


L'espace d'un message ne suffit pas à une lecture critique ,cependant on constate que le texte ne prête pas attention à ce qui semble une donnée capitale pour la perception de nos sites: la
démesure liée aux machines intervenant dans le modelé:le tracé des autoroutes ,ou comme corps étranger:les éoliennes industrielles.
Dans le passé cet aspect restait anecdotique,lié à une démarche religieuse ou politique,aujourd'hui la technique emporte tout sur son passage.Malaise et refus naissent de ces abus continus.